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LE PRESIDENT MACKY SALL A INSTALLE LA REPUBLIQUE DES GERONTOCRATES

Posté par: Cissé Kane NDAO| Vendredi 09 décembre, 2016 23:12  | Consulté 268 fois  |  0 Réactions  |   

Entretien avec Cissé Kane NDAO, Président de l’A.DE.R

Ne peut-on pas dire que le président Macky Sall est politiquement fort puisqu’il a réussi à fédérer autour de lui Ousmane Tanor Dieng, Djibo Ka et Moustapha  Niasse, trois socialistes issus d’un même parti que les contingences politiques avaient fini de séparer ?

 

Ousmane Tanor Dieng, Moustapha Niasse et Djibo Ka  étaient ensemble au PS, et ce parti était au pouvoir alors. Aujourd'hui ces personnalités ne se piffent toujours pas, et pourtant ils sont tous prêts à être des collaborateurs solidaires de l'action du régime de Macky Sall, et à travailler sincèrement à sa réussite.

Qui trompe qui?

 

La carrière politique de Moustapha Niasse est derrière lui, son parti a implosé avec la scission fracassante opérée par Malick Gackou. Il se met du beurre sur les épinards et orchestre sa succession politique du haut de la station que Macky Sall lui a offerte, en perspective de sa prochaine retraite politique imminente.

Ousmane Tanor Dieng alors que son parti était unifié n'avait pu avoir plus de 11%  à la dernière présidentielle, pour un candidat porté par une formidable coalition! Il est dans une autre perspective que Moustapha Niasse, celle de préparer l’après Macky Sall dès à présent, en s’installant durablement au cœur de l’Etat, et en y installant surtout ceux qui lui sont favorables, pour combattre avec les armes de la République ceux qui sont contre son agenda politique, avec la bénédiction tacite de Macky Sall.

Djibo Ka n'existe plus politiquement. Le coup de théâtre auquel l’on a assisté en effet, en 2000 dans l’entre-deux tours avec un Djibo Ka magistral dans sa performance de yo yo politique est entré dans l’Histoire. La vista du personnage a fait perdre leurs dentiers à tous les responsables de son rang, en son temps. Surtout que M. KA  qui accusait le gouvernement de Me Wade d’être  un groupe de prétentieux y réussissait une entrée aussi fracassante que la trahison au peuple sénégalais, quelques mois auparavant.

Il est le champion de la tortuosité politique. Il n’est politiquement au service de personne. Il est aussi un allié circonstanciel qui ne sert que son propre agenda.

Macky Sall a certes réussi à les réunir autour de lui, mais ce sont des personnalités qui ne regardent pas dans la même direction, et dans ce cadre, ils sont loin de constituer une équipe avec lui. C’est une alliance contre nature, avec des ambitions inavouées.

Et c’est là tout le danger potentiel pour Macky Sall, qui court le risque d’être la victime malheureuse de leur guerre à fleurets mouchetés qu’il peut arbitrer malgré lui, et en devenir le dommage collatéral.

Rappelons-nous simplement que Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng n'ayant pu s'entendre pour une candidature unifiée avaient préféré regarder le pouvoir leur filer entre les doigts, du moment que l'un le privait à l'autre.

Formeront-ils sincèrement un tandem pour travailler à ce que Macky Sall rempile tranquillement grâce à la coordination de leurs efforts ?

 

 

Selon vous, pourquoi le président a préféré jeté son dévolu sur ces gérontocrates  pour diriger certaines institutions plutôt que de promouvoir les jeunes cadres compétents de l’Alliance pour la République ?

 

Macky Sall compte peut être sur leur expérience de l’Etat et leur longue pratique des arcanes du pouvoir pour donner une stature crédible à ces institutions, surtout pour le cas du HCCT, qui a un réel problème d’image, malgré le fait que tout acteur de la décentralisation devrait saluer sa mise en place. Il y a des hommes de qualité dans cette institution, parmi lesquels Souty TOURE, des experts praticiens expérimentés de la décentralisation, et acteurs de premier plan dans les différentes phases de sa gestation lente et prudente sous Abdou DIOUF. Et de son pilotage pour le renforcement des droits des élus et la valorisation des territoires pour impulser un souffle nouveau au développement local sous Me WADE avec notamment l’action du dernier Ministre de la Décentralisation de son gouvernement,  M. Aliou Sow  en l’occurrence, qui avait finalisé avant leur départ du pouvoir tout le dispositif réglementaire pour garantir une bonne mise en œuvre d’une fonction publique locale motivée, et performante. Je ne doute pas un instant qu’ils donneront le meilleur d’eux-mêmes dans le cadre des missions qui leur seront confiées.

Au plan politique toutefois, M. Dieng, Niasse et Ka,  dont la carrière politique est finie ne peuvent toutefois pas lui apporter grand-chose, à mon humble avis. Ils n’existent plus que par le prestige de plus en plus écorné de leurs noms respectifs, et sont largement en déphasage avec nos réalités actuelles.

Je ne pense donc pas que ce soit par manque de confiance que Macky Sall n’a pas promu à la tête de ces institutions des hommes et des femmes de l’APR, mais c’est parce qu’il reste fidèle à un engagement qu’il avait pris dès le début de leur compagnonnage: « Gagner ensemble, gouverner ensemble ».

 

Mais est-ce que ces passe-droits octroyés à ces derniers ne constituent pas une stratégie politique du président Sall pour les tenir en bride et s’assurer de leur soutien sans faille aux échéances électorales de 2017 et 2019 ?

Bien sûr !

La stratégie de Macky SALL est de  renforcer ses alliés dont la légitimité est contestée à l’intérieur de  leurs partis politiques rompus aux joutes électorales et qui constituent en conséquence de redoutables machines électorales, même s’ils ont perdu leurs forces du fait de scissions, ou d’une bataille de positionnement qui aurait pu coûter cher à ses vieux alliés, s’il ne les avait pas aussi stratégiquement positionnés à des postes prestigieux avec de formidables trésors de guerre,  pour rester maitres à bord de leurs appareils.

Cela est valable surtout pour le cas de M. Ousmane Tanor DIENG dont le parti est scindé dans les faits, en deux camps : le camp de la relève citadine incarnant la nouvelle alternative portée par Dakar la rebelle avec à sa tête Khalifa Sall, face au camp des « broussards » qui a juré fidélité à Ousmane Tanor Dieng, et parmi lesquels nous retrouvons Serigne Mbaye Thiam, Cheikh Seck, Wilane Aminata Mbengue Ndiaye et j'en passe!

Pour Moustapha Niasse c’est pire encore, car en plus de son âge il convient de noter quand même que son parti a littéralement implosé, la majorité ayant rejoint Malick Gackou, l’un des ténors radicalisés de l’opposition actuelle.

D’ailleurs, l’implosion du parti de Moustapha Niasse est venue de sa décision unilatérale de ne pas se présenter contre Macky Sall, et de ne jamais soutenir une candidature venant de son camp. Les problèmes d’Ousmane Tanor Dieng au PS viennent de sa volonté de tuer dans l’œuf toute velléité d’affirmation d’une ambition présidentielle face à Macky Sall.

Le PS a ainsi déclaré qu’il ira aux Législatives sous la bannière de la coalition présidentielle.

N’empêche, en affirmant qu'il n’a renié aucune de ses convictions pour accéder à la tête du HCCT, Ousmane Tanor Dieng donne des gages de fidélité à son parti, et démontre par là qu'il n'y aucune inféodation tacite du PS à Macky Sall. Il garde donc toute son autonomie d'action, tout autant que Macky Sall qui l'a installé dans une zone d'incertitude, avec la puissance du décret nominatif qui peut aussi le limoger à tout moment.

L'un tient l'autre par la barbe, tandis qu'Ousmane Tanor Dieng songe avant tout à préserver ses protégés des aléas d'un compagnonnage politique dont l'une des conséquences pourrait rapidement être son arrêt de mort politique, en cas d’une rupture tumultueuse du compagnonnage politique avec Macky Sall.

En disant à M. Dieng que sa confiance en lui était totale, peut être M. Sall tenait-il à lui donner publiquement des raisons de se sentir à l’aise dans cette relation compliquée par l’activisme du camp de Khalifa Sall.

Est-ce que cela sera suffisant pour remporter les prochaines Législatives qui sentent désormais le report et la Présidentielle de 2019 au premier tour ? Seule l’Histoire nous le dira !      

Politiquement que peuvent apporter à Macky ces trois socialistes dont la carrière politique a été couronnée d’échecs dans toutes les joutes électorales qu’ils ont eu à mener ?

Macky Sall a certes besoin avec lui d'hommes et de femmes rompus aux affaires publiques et connaissant les arcanes de l’État sur le bout des doigts, mais l'on ne peut vouloir incarner le renouveau et dire que l'on consacre son septennat aux jeunes, en promouvant des vieux dont la carrière politique a été couronnée d'échecs dans toutes les joutes électorales qu'ils ont eu à porter, en leur qualité intrinsèque de leaders à la tête de coalitions politiques que lui même Macky Sall a combattues, et vaincues.

Ces vestiges de notre histoire politique qui s’enorgueillissent d'avoir servi l’État depuis Senghor sans pour autant avoir contribué d'une manière quelconque à une amélioration des conditions de vie de leurs concitoyens, plus occupés qu'ils étaient de se tailler des manteaux d'apparatchiks politiciens et des statuts d'hommes d’appareils n'ont pas la clef pour changer le Sénégal, sinon, ils l'auraient fait depuis longtemps.

Et, en conséquence, ils ne peuvent rien apporter à Macky Sall.

Il doit désormais choisir donc. Entre avoir avec lui des scories politiques parce qu'il craint leur capacité de nuisance, ou faire confiance à des forces montantes dont il peut présager du potentiel et leur faire confiance, surtout s’il s’agit d’hommes politiques dont  la constance dans l’engagement au service exclusif de la République ne souffre d’aucun compromis. Cela évite le reniement au gré des intérêts ponctuels du moment, un reniement à la Saint Pierre des convictions aussi instables que circonstancielles qui changent au gré des enjeux personnels ou autres, ce qui caractérise le cheminement politique de la plupart de ses alliés,  Djibo Ka en premier lieu.

Les sénégalais sont fatigués de voir ces papys depuis qu’ils sont nés, participer à tous les gouvernements, accompagner leur allié du moment jusqu’à sa chute, et théoriser à nouveau qu’ils détiennent les solutions à leurs problèmes, sans pour autant jamais les mettre en œuvre.

Vu la nouvelle configuration politique de l’arène nationale, Macky Sall a tout intérêt à évaluer froidement son compagnonnage avec eux, et à tirer les conséquences qui s’imposent.

On est en politique. Et on ne fait pas de la politique avec de beaux sentiments.

 

 

 L'auteur  Cissé Kane NDAO
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Cissé Kane NDAO
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