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MADAME FABER, UNE HEROINE MALGRE ELLE DANS MA VIE

Posté par: Cissé Kane NDAO| Mercredi 16 août, 2017 00:08  | Consulté 307 fois  |  0 Réactions  |   

L’adversité. Elle pousse à se transcender. Elle est une motivation déterminante qui commande l’homme de se sublimer. Elle est une énergie puissante et inépuisable qui force l’impétrant à se transcender. Elle donne des ailes. Elle nourrit une générosité dans l’effort, portée par une conviction forte qui cimente souvent les qualités intrinsèques qui plus tard renforceront le courage, la patience la modestie et l’empathie qui donnent à l’homme une connaissance de soi-même et de son prochain, et une grande lucidité dans l’appréhension des enjeux de la réussite sociale quand il se bat pour son avenir.

Il avait bien raison, Musset, quand il disait que « l’Homme est un apprenti, la douleur est son maître et nul ne se connait tant qu’il n’a pas souffert ».

Je me rappelle mes années d’étudiant. Je mesure le chemin parcouru. Et je vois tous les visages de ces hommes et de ces femmes qui à un moment donné de ma carrière estudiantine, m’ont refusé qui un appui qui un soutien,  qui à l’époque aurait été bienvenu pour moi, mais aurait changé à jamais mon destin. Je ne sais pas ce qu’il aurait été. Mais je dis merci  à Dieu pour ce que je suis devenu, par la grâce de ces hommes et de ces femmes qui m’ont privé de leur aide  en ce moment-là, et d’ailleurs certains en étaient venus à nourrir envers moi une rancœur tenace, semblable à du mépris.

Ce fut comme s’ils me lançaient un défi : celui d’obtenir ce que je voulais, sans le leur devoir. Et prendre ma revanche sur eux. Du moins le pensais-je ainsi.

Madame Yolande Faber est une de ces personnes qui ont changé le cours de ma vie. En bien. Même si ce fut bien malgré elle.

Je venais d’obtenir mon Certificat de maitrise de Lettres modernes. Je m’étais inscrit pour la rédaction de mon mémoire, et m’ennuyais à mort au campus universitaire.

Je décidai alors de déposer mon dossier de candidature à un poste dans l’enseignement en qualité de vacataire, en espérant le soutien d’un de mes doyens originaire du même patelin que moi, Nabi Touré.

Quand les premières listes d’affectation des heureux choisis commencèrent à paraitre, je constatai que je n’en faisais malheureusement pas partie.

Il me restait à espérer un poste de remplacement au cas où un des vacataires affectés ne rejoignait pas son poste. Puisque cela se faisait quelquefois à main levée, M. Touré me proposa de faire le pointage sur les listes pour lui signaler les doublons et espérer une correction en ma faveur. C’est ainsi qu’il me recommanda d’aller voir Mme Faber qui s’occupait du recrutement des vacataires.

Pendant quatre longs mois, chaque lundi, mercredi vendredi et mardi je pointais à la porte du Ministère de l’Education balayé par des courants d’air froids en ces mois de novembre à février, transis de froid dans l’attente de M. Touré qui me faisait entrer quand il arrivait vers huit heures.

Puis il me recommandait illico d’aller m’informer auprès de Madame Faber. Quelquefois, je passais la journée entière sans voir cette dame. Et rendez-vous était  alors pris deux jours après.

Quand Mme Faber me faisait la grâce de me dire « entrez », dès que j’entrouvrais la porte et qu’elle voyait ma tronche, elle se baissait aussitôt sur ses dossiers, ignorait mon bonjour et me jetait laconiquement : « Il n’ya rien pour toi, Ndao ».

Ce à quoi je répondais « merci », pour rebrousser chemin et rendre compte à M. Touré qui m’encourageait à revenir deux jours après.

C’était toujours le même supplice, invariablement. C’était le même accueil, à chaque fois. Avec la moue méprisante de Mme Faber excédée par tant de motivation, comme si elle espérait secrètement que je renoncerai à mon vœu d’aller enseigner, enfin !

Après quatre mois à arpenter sans succès chaque semaine les couloirs du Ministère de l’Education et à essuyer les brimades de Mme Faber, je me résolus à rentrer chez moi, mon sujet de mémoire en bandoulière, pour m’inscrire à l’Alliance française locale et finir mon mémoire de maitrise.

Ce que je fis en quatre mois.  

Je préparais au mois de septembre de la même année le concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure. Je le réussis haut la main. Et je soutenais dans la foulée mon fameux mémoire, au mois de novembre.

A la fin de l’année, je passai mon examen de sortie, et allai à la remise de diplôme recevoir non sans fierté mon parchemin.

Dès le lendemain, vêtu  de mes plus beaux habits, je retournai au Ministère de l’Education, voir Mme Faber !

J’ai frappé à sa porte, et j’ai entendu son habituel « entrez ».

J’ai ouvert la porte et je l’ai fermée derrière moi :

Bonjour Mme Faber ; Vous me reconnaissez ? Oui. Et alors ? J’ai réussi le concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure. C’est bien. Merci ; j’ai d’ailleurs fini ma formation. J’ai reçu mon diplôme. Ah bon ? Tout à fait, Madame. Je suis professeur maintenant. Au revoir, Madame !

Je la quittai bouche bée, refermai bruyamment la porte et descendis les escaliers.

Heureux. Fier. D’avoir acquis par mes propres efforts un boulot que j’ai convoitais avec tant de volonté, et qu’on ne se contenta pas de me refuser, mais que l’on me refusât avec tant d’insolence que je résolus de l’obtenir par mon propre mérite, sans l’aide de personne.

Quelquefois, ceux qui sont sur votre chemin et semblent tout faire pour freiner le cours de votre destin précipitent son accomplissement, dans le sens dont seul Dieu détient le secret.

Merci encore à Mme Faber, qui me poussa à me transcender et joua un rôle dans le cours de mon destin, dont elle n’a jamais mesuré les effets !

« Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent » disait Victor Hugo.

Cissé Kane NDAO

Président A.DE.R

 

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